17.02.2007
... s'acclimater
Près d’un an, si ce n’est plus d’un an, on (je) ne sait plus trop bien quand cela s’est passé mais ça s’est passé de toute évidence. On peut très bien deviner la période de par le contexte environne-[mentale] mais on ne connaît plus la date exacte, non pas parce que cela remonte à loin parce que je me souviens très bien d’un 5 octobre 2003 où j’étais alors âgé d’un peu plus de 21 ans et que je rencontrais officiellement °P°Y° mais plutôt parce que le cerveau sélectionne lui-même inconsciemment les évènements selon leur ordre d’importance, les date, les trie, les classe, les rejette, les remplace, les ressasse, les restaure, les envenime ou les anesthésie pour le bien ou pour le mal de chacun...
Et c’est dans ces moments-là, où je me mets à écrire sur lui (sans lui), en parlant de lui (sans lui), en l’évoquant comme un fantôme d’un temps passé, que je me rends compte que les mois défilent à une vitesse grand V, que le temps a laissé des traces indélébiles dont le corps se rappelle encore, que le temps a défait en nous ce qu’il nous restait de plus sublime pendant que moi, je défiais le temps en essayant d’accepter la rupture. Ce n’est qu’une affaire de temps, cela ne sera qu’une question de temps pour tout ce qu’il y a autour de moi, la vie, l’amour, la mort. Il y a un temps pour tout, même pour les sentiments, il y a un début et une fin. Il y a des refrains qui se ressemblent malgré le temps. Il y a des efforts à faire mais cela prendra du temps. Il y a des relations à construire mais ça ne peut se faire qu’avec le temps. Il y d’autres rapports à instaurer et pourtant…
A travers son dernier film, Les Climats (Iklimler), le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan (N.B.C.) expose avec une très grande justesse la douloureuse complexité qui constitue la rupture d’un (de son ?) couple - Isa (l’homme joué par N.B.C.) et Bahar (la femme jouée par sa femme). Isa, professeur à l’Université d’Istanbul, tente vainement de terminer sa thèse. Bahar, elle, œuvre dans le milieu audiovisuel en tant que chef opérateur (enfin, je crois lol…).
Premier plan : Isa tombe au milieu d’une place athénienne ; au loin, Bahar le regarde, sourit de la maladresse de son mari. Le plan est long, la caméra fixe le visage de la femme pour n’en extraire que l’émotion qui la submerge peu à peu. Les faits sont là : il y a un malaise et elle en sanglote… Très vite, le film qui s’ouvre sur des allures de cahiers de vacance prend la même tournure dramatique - sans aller dans le mélo - que peuvent créer des scènes de vie conjugales, insignifiantes au premier abord. N.B.C. s’attache, comme Bergman, à retranscrire (fidèlement ?) les choses dans leur plus intime réalité.
Nous suivons alors le déchirement entre Bahar et Isa d’un œil qui passe du simple regard extérieur à un regard plus intérieur où l’on finit par se reconnaître dans cette situation qui sonne comme un semblant de déjà-vu / déjà-vécu. Ceci est rendu possible par des plans filmés de plus en plus près. Techniquement, les plans sont doublés d’une qualité DV hors pair. Ce qui permet de renvoyer le spectateur au plus proche des personnages et d’épurer chaque séquence pour n’en ressortir que l’essentiel.
On peut se demander ce qui pousse le réalisateur à tirer le film sur la longueur, il s’agit sans doute d’un parti pris qui trouve toute sa signification dans l’idée même qu’il est parfois difficile de prendre du recul quand on fait partie intégrante du couple (identité du couple / de l’autre / de soi). Vouloir rompre est une chose. Prendre la décision de rompre en est une autre. Entre les deux tendances, il y a deux êtres qui savent depuis le début (du film…) qu’il faut le faire, pourtant, comme souvent, le savoir, ici, est trop éloigné du pouvoir car il y a un vécu, il y a la peur, l’hésitation, il y a l’autre, il y a l’histoire et il y a moi, il y avait toi aussi.
Alors oui, ça peut paraître long, mais comme nous ne le dirons jamais assez, plus c’est long, plus c’est bon…
20:30 Publié dans ... de regar-tsé | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Commentaires
Piqué par la mouche, une fois de plus. Il faudra que j'essaie de trouver ce film...
Ecrit par : Pierre-Yves | 19.02.2007
ah, oui, c'est la chanson de Fréhel : Où sont tous mes amants / Tous ceux qui m'aimait tant / jadis quand j'étais belle / où sont mes infidèles / ils sont je ne sais où / a d'autres rendez-vous/ moi, mon coeur n'a pas vieillit pourtant / où sont tous mes amants ?
Je ne sais si le temps cautérisera les félures, comme dit Brel, on oublie rien de rien, on oublie rien du tout, on oublie rien de rien, on s'habitue, c'est tout...
sauf que c'est dur parfois de s'habituer, parce que c'est dur de reculer, de regarder en arrière... on ne se souvient même plus de comment c'était quand on était jadis, quand on était a deux... A se demander même si on a vécu ce qu'on a vécu...
y en a un autre qui disait... Avec le temps, va...
Reste les écrits, les films, les traces d'amour... Le devoir de mémoire...
Sinciput du nord
Ecrit par : sinciput du nord | 21.02.2007
Bonjour...et bonjour encore !!!...
Heuuuu...Bonjour encore une fois parce que ça fait un "temps" que je ne passe pas pour te saluer...C'est question du temps !!!
...toujours plaisir de lire les mots si puissants, si piquants ICI...
Bon week end,
Ecrit par : Expresso... | 03.03.2007









