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27.06.2006

... du "il" avant le "nous"

Lecture du moment : Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Stefan Zweig
Morceau du moment : La Ritournelle, Sébastien Tellier

Pourtant, tu es toi dans ton entière souffrance. Rien n’est plus beau que de te voir rendre à ma raison la compréhension de ce que j’ai pu ressentir. Parce qu’à ce moment, j’ai compris ce que des mois j’ai essayé d’analyser, ce que j’ai tant cherché à expliquer en vain, ce que j’ai tant espéré pouvoir comprendre seul. Je me croyais plus fort quand j’étais seul, quand je prenais assez de recul par rapport à la situation et finalement on tourne en rond avec nos propres hésitations, nos simples jugements. On voudrait savoir agir seul mais on ne grandit pas tout seul, on ne peut pas s’affirmer en ruminant sans cesse l’irréparable, on peut encore moins trouver une voie en fouillant dans le tréfonds de notre esprit des réponses que l’on ne connaît pas. Mais on a besoin de cette étape pour pouvoir continuer à croire en nous. On ne devrait jamais sauter les étapes. Griller un feu rouge a toujours plus causé de tort que d’attendre patiemment que le feu passe au vert.

On. Ce terme peut sembler impropre. L’outil grammatical de l’ordinateur dit que l’expression est grammaticalement impropre ou nous avertit et cherche alors à nous corriger. Qui pourrait être d’accord avec un ordinateur ? Le matheux que je suis ? Sûrement pas… Je dois utiliser les termes qui trouvent une certaine justesse et qui sont propres à la situation. L’ordinateur, lui, ne capte pas toutes les subtilités liées aux aléas de la vie. L’ordinateur, lui, ne voit que ce qui est logique. Et la logique, elle n’existe que très peu dans nos chemins de Damas. « On » est mal employé selon l’outil qui me sert d’exutoire, « on » ne devrait pas être utilisé mais je ne peux pas le remplacer. J’aimerai lui dire à ce putain d’ordinateur s’il me laissait au moins le choix de justifier les raisons pour lesquels je ne veux pas remplacer les « on » par des « nous ». Car « nous » n’existe pas encore, « nous » ne peut pas se dire tout de suite, « nous » ne peut se dire que dans notre entière sensibilité et vérité. « Nous » ne peut s’affirmer que par le vrai. « Nous » a besoin de temps sinon il risquerait d’étouffer les « je ».

Il. Oui, « il » peut se dire, car il est vrai, il déborde de vérité même si, lui, il souffre terriblement. « Il » ne fait que démontrer qu’il existe dans les esprits. « Il » n’entrave rien du tout, je n’ai pas eu besoin de beaucoup de temps pour le dénommer. « Il » n’a pas besoin de temps, enfin, pas autant de temps qu’un « nous » parce que quand tout semble s’accorder, on a pas besoin de son accord pour pouvoir parler de lui. Et même si « il » semble être unilatéral, cela procure un bien fou de pouvoir parler d’une deuxième personne à la troisième personne. Ça c’est encore grammatical, parce qu’en réalité, la vraie troisième personne, ce serait le « nous », j’oublie trop vite que le « nous » ne doit pas être exclusivement lui et moi. « Nous », c’est un autre où l’on ne se marche pas dessus, où l’on ne se défile pas, où l’on ne s’oublie pas, où l’on n’exclut pas le « il » en favorisant le « nous ». Qu’il sache vivre aussi en tant que personne et « il » saura faire parti de nous. « Il » ressemble à un trait d’union quand j’en parle à quelqu’un d’autre. Un trait d’union, sans qu’il n’y ait d’union. Sans tirer un trait trop vite sur une éventuelle union. Et on se rend compte qu’on ne peut pas employer le « il » sans parler de soi. « Il » révèle encore plus sur soi-même, « il » c’est encore plus fort que le « je », parce que bien souvent le « il » inclut le « je ». Quand au cours d’une conversation, on s’émeut à dire « il est beau », cela sous-entend que « je le trouve beau » car c’est moi qui parle. Inconsciemment, je cherche à ne pas effacer sa beauté, j’emploie, sans le savoir, un pronom personnel qui contextualise les choses et qui en révèlent d’autres. Et quand le « je » prend le dessus sur « la mouche » c’est sans doute pour être un peu plus vrai aussi.

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13.06.2006

... préférer le silence à la fausse affirmation

En débutant la lecture de l’ouvrage d’Oscar Wilde, il m’est apparu dans les deux premiers chapitres du Portrait de Dorian Gray, une sensation étrange, comme si la perfection était finalement atteignable. L’idée que tout fait écho avec votre reste. On s’attache à poser la première pierre d’un édifice qui sera le nôtre et les choses qui vous entourent s’imbriquent comme les pièces d’un puzzle qui n’attendent que la dernière pièce maîtresse pour vous dévoiler l’entière vérité. Ce que je lis, ce que je vis, ce que je vois se répondent agréablement. Les questions ne se sont pas posées mais des réponses surviennent.

On sait que l’on cherche quelque chose mais l’on ne sait pas encore ce dont il s’agit. Enfin si, on se l’imagine mais on ne préfère le savoir qu’au moment venu. On est juste conscient que pour obtenir un résultat, il faut du temps et des moyens. Et on se dit que ce qu’il nous faut c’est du neuf, on veut du neuf. C’est tellement insignifiant ce que l’on connaît déjà, on ne prête même plus attention à ce que notre esprit connaît de mieux. Alors, on continue à se construire, on recherche, on trifouille, on farfouille, on extirpe de la chair, on ne veut plus se chercher d’excuses, on ne veut même plus analyser, on veut juste se laisser aller parce que tout semble beau. Le beau reste inaccessible à la parole. On peut s’exercer à nommer le beau mais cela enlèverait tellement d’inexprimable, cela limiterait le beau à ce qui est exprimé et non à ce qu’il représente dans toute sa splendeur, dans tout ce que cela procure à notre imaginaire et à notre être...

On se reconnaît chez Dorian Gray. Jeune. Homme. Mais pas seulement. Il ne sait pas qui il est ou alors il ne le sait que trop bien, c’est sans doute la deuxième affirmation qui le pousse à ne pas vouloir répondre à ce qu’on peut lui reconnaître. Lord Henry ne le connaît pas mais il connaît déjà tout de lui ; à une allure, à un pas, à un regard, à un amour, à un silence, il est vrai que l’on peut tout comprendre de quelqu’un.

Et alors, souvent, la seule réponse que l’on possède quand quelqu’un décèle une part que l’on aurait voulu garder pour soi, c’est de faire parler le corps parce que l’on ne trouve pas les mots. Quand les mots parfaits ont déjà été employés, il nous reste quoi ? Le corps. Le corps parle aussi en fin de compte. Le corps parle mieux mais trahit trop parfois. Les sourcils froncent, une main vient essuyer le front alors qu’il ne sue pas, les jambes commencent à battre, de plus en plus vite. « Prendre corps », c’est peut être se dévoiler, se fragiliser, devenir palpable, devenir compréhensible aux yeux des autres…

En plus, on se dit que le silence c’est mieux alors qu’il n’y a rien de plus évocateur que l’atmosphère qui survole une pièce ou une situation quand le silence n’est pas naturel. Pourtant le silence, je le préfère quand même à la fausse affirmation jusqu’à un certain point. Quoi de plus triste que de s’entendre dire ce que l’on ne voudrait pas s’employer à prononcer et quoi de plus difficile que montrer que l’on est faillible. On soutient une affirmation mais quelques dixièmes de secondes d’hésitation, de malaise, d’expiration, de putain-merde-qu’est-ce-que-je-peux-dire-pour-ma-défense peuvent signifier son contraire. Mais l’autre a déjà compris. L’autre n’est pas idiot, l’autre sait que l’on sait qu’il n’est pas idiot. Alors il ne nous reste plus rien ou presque… l’attente que l’attente d’une réponse passe.

NdLM : elle s’empresse de continuer sa lecture.

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04.06.2006

... du Kissing Out

La mouche revient sur une expérience qu’elle appelle plus communément le "Kissing out". "Embrasser qui vous voudrez", c’est un titre de film et on est un peu d’accord. Embrasser une femme, ça n’a rien d’extraordinaire, me direz-vous. Et bien embrasser une femme alors que l’on se sent depuis notre plus tendre enfance n’être attiré que par les hommes, c’est tout, surtout quand on ne pose que ses lèvres. Ç’est signifiant quand on sent qu’être attiré par les personnes du même sexe (sans chercher à catégoriser) n’est pas un choix et que l’on ne s’est jamais posé de questions par rapport à son orientation sexuelle. Embrasser quelqu’un du sexe opposé n’est pas un problème en soi, bien au contraire. C’est juste pas commun, pour quelqu’un que l’on dit homo. Vous voyez où la mouche veut en venir ?

Imaginez une soirée en très bonne compagnie. La mouche rejoint Sinciput pour la première fois au local de la LGBT à Lille. Première fois. Ne dit-on pas qu’elles sont toujours les meilleures ?

D’accord, la mouche s’étale... Donc, à la LGBT, la soirée s’annonçait joyeuse : mini concert, cadre dynamique, aucune possibilité de se déshydrater, pas de fumée (eh oui étrangement pour un fumeur, il est fort agréable de ne pas respirer l’air avec une sensation de tabac froid…) et des hommes et des femmes qui se mélangeaient. Une odeur de pas déjà vu. Rien à voir avec les ambiances de bars. On passe d’agréables moments à regarder ce qu’il se passe, à se poser, à sortir parce qu’on veut se griller une clope, à rentrer parce que dehors il fait froid, à aller aux toilettes parce qu’on a bu plusieurs bières, à se regarder, à chantonner, à dandiner, à apprécier et puis… et puis, il y a quoi ? Plusieurs scénarii étaient envisageables mais la mouche avait envie de tendresse alors sur un élan de générosité, elle s’est mise à vouloir embrasser ceux qu’elle appréciait. Une goutte de bière du bout des lèvres n’incite pas toujours à la débauche. Et quand cette goutte tombe sur les lèvres d’une copine, ce n’est pas un drame, c’est de la tendresse.

Je reviens alors sur ma première fois. Mon "Kissing Out". Non pas parce qu’il fallait le faire ni pour quelles qu’autres raisons inimaginables (pas envie de mourir con, par exemple…) mais juste parce que ça représentait une marque d’affection et ça, ça peut se partager, non ?
La mouche aux mots qui n’en revient pas d’avoir embrasser une personne du sexe opposé. Rohhh et puis zut, oui j’ai embrasser une nana, et alors ?

Et vous, votre "Kissing out", c’était quand ?

20:35 Publié dans ... de vivre | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note