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13.06.2006

... préférer le silence à la fausse affirmation

En débutant la lecture de l’ouvrage d’Oscar Wilde, il m’est apparu dans les deux premiers chapitres du Portrait de Dorian Gray, une sensation étrange, comme si la perfection était finalement atteignable. L’idée que tout fait écho avec votre reste. On s’attache à poser la première pierre d’un édifice qui sera le nôtre et les choses qui vous entourent s’imbriquent comme les pièces d’un puzzle qui n’attendent que la dernière pièce maîtresse pour vous dévoiler l’entière vérité. Ce que je lis, ce que je vis, ce que je vois se répondent agréablement. Les questions ne se sont pas posées mais des réponses surviennent.

On sait que l’on cherche quelque chose mais l’on ne sait pas encore ce dont il s’agit. Enfin si, on se l’imagine mais on ne préfère le savoir qu’au moment venu. On est juste conscient que pour obtenir un résultat, il faut du temps et des moyens. Et on se dit que ce qu’il nous faut c’est du neuf, on veut du neuf. C’est tellement insignifiant ce que l’on connaît déjà, on ne prête même plus attention à ce que notre esprit connaît de mieux. Alors, on continue à se construire, on recherche, on trifouille, on farfouille, on extirpe de la chair, on ne veut plus se chercher d’excuses, on ne veut même plus analyser, on veut juste se laisser aller parce que tout semble beau. Le beau reste inaccessible à la parole. On peut s’exercer à nommer le beau mais cela enlèverait tellement d’inexprimable, cela limiterait le beau à ce qui est exprimé et non à ce qu’il représente dans toute sa splendeur, dans tout ce que cela procure à notre imaginaire et à notre être...

On se reconnaît chez Dorian Gray. Jeune. Homme. Mais pas seulement. Il ne sait pas qui il est ou alors il ne le sait que trop bien, c’est sans doute la deuxième affirmation qui le pousse à ne pas vouloir répondre à ce qu’on peut lui reconnaître. Lord Henry ne le connaît pas mais il connaît déjà tout de lui ; à une allure, à un pas, à un regard, à un amour, à un silence, il est vrai que l’on peut tout comprendre de quelqu’un.

Et alors, souvent, la seule réponse que l’on possède quand quelqu’un décèle une part que l’on aurait voulu garder pour soi, c’est de faire parler le corps parce que l’on ne trouve pas les mots. Quand les mots parfaits ont déjà été employés, il nous reste quoi ? Le corps. Le corps parle aussi en fin de compte. Le corps parle mieux mais trahit trop parfois. Les sourcils froncent, une main vient essuyer le front alors qu’il ne sue pas, les jambes commencent à battre, de plus en plus vite. « Prendre corps », c’est peut être se dévoiler, se fragiliser, devenir palpable, devenir compréhensible aux yeux des autres…

En plus, on se dit que le silence c’est mieux alors qu’il n’y a rien de plus évocateur que l’atmosphère qui survole une pièce ou une situation quand le silence n’est pas naturel. Pourtant le silence, je le préfère quand même à la fausse affirmation jusqu’à un certain point. Quoi de plus triste que de s’entendre dire ce que l’on ne voudrait pas s’employer à prononcer et quoi de plus difficile que montrer que l’on est faillible. On soutient une affirmation mais quelques dixièmes de secondes d’hésitation, de malaise, d’expiration, de putain-merde-qu’est-ce-que-je-peux-dire-pour-ma-défense peuvent signifier son contraire. Mais l’autre a déjà compris. L’autre n’est pas idiot, l’autre sait que l’on sait qu’il n’est pas idiot. Alors il ne nous reste plus rien ou presque… l’attente que l’attente d’une réponse passe.

NdLM : elle s’empresse de continuer sa lecture.

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Commentaires

les mots sont importants, Wilde le sait peut-ête mieux que nous. Quant au langage des corps, tu sais, cette tête qui n'ose se poser sur une épaule, puis qui le fait quand même, qui s'exprime contre une joue, un frolement en somme... Rien de plus beau, de plus frappant, de plus difficile. Parce l'amour, c'est difficile, au bout du compte, difficile... Cette envie de tout foutre en l'air : " mais vrai, j'ai trop pleuré, mes aubes sont navrantes, toute lune est atroce et tout soleil amer, ô que ma quille éclate, ô que j'aille à la mer" Arthur. toujours Arthur.

Envie de pleurer comme un môme à la lecture de ta note, va savoir pourquoi... C'est le gestion du silence sans doute, ces longues plages de silence qui sont merveilleuses lorsqu'elle sont partagées, et qui nous renvoient toute l'âme de celui ou celle d'à côté. un chef d'oeuvre en somme que l'on n'est pas en mesure d'analyser... Difficile...

Tu me le prêtera, ça fait longtemps que je ne l'ai pas relu. Pouvoir me repencher dans le miroir de Dorian Gray, comme dans la margelle d'un puit...

Allez, prends soin de toi et a bientôt.

Sinciput du nord

Ecrit par : sinciput59 | 14.06.2006

Dorian Gray a mal fini, triste perfection....

Ecrit par : mike | 15.06.2006

Tu va srire, je viens de tout lire et je me rends compte que j'aurais pas la force de faire un commentaire pertinent, alors je te le dis quand même parce que j'ai envie.

Ecrit par : Juju | 19.06.2006

Le silence est ce que je préfère, surtout si je le garde égoïstement. Le silence ne profitant qu'à moi, et je suis sur de ne pas me trahir moi même. Ma vie est un grand silence à l'imgage du grand manque de confiance en moi. J'ai parfois aussi envie d'apprécier le silence de la mort.
bises à toi

Ecrit par : Olivier | 20.06.2006

putain comme c'est bon ! je suis entierement d'accord avec toi ! vive le ressenti toujours et les mots souvent !

Ecrit par : jean-yves | 21.06.2006

Bonne lecture la mouche !!!

Au fait, rien à voir mais j'ai bien rigolé en écoutant le nouvel album de "Nouvelle Vague" ! Sur "Human Fly" je suis sûr que c'est toi qui fais les Bzzz bzzzz bzzz ! Trop fort(e) la mouche ;-)))

Bises, Sean

Ecrit par : Sean | 25.06.2006

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