13.04.2006

... d'un espace/temps

En l’espace d’un temps, il y a des souvenirs qui ne s’achètent pas, qui ne se perdent pas, qui perdurent dans le sillon d’un esprit tourmenté mais que l’on voudrait paradoxalement conserver et/ou au plus vite oublier…
A la lueur des rencontres que l’on fait, il y a des moments dont on se rappelle, des instants que l’on peine à conserver, des anecdotes que l’on aimerait partager et pour que nos souvenirs fassent corps avec d’autres…
Je me souviens de tout, d’un rien qui m’a construit pour se déconstruire et avide je tente de reconstruire. C’est une mouche qui s’est attachée, qui s’est emmêlée, qui s’est battue, débattue et qui se rattache sans trop comprendre pourquoi. Sans doute l’envie, le désir d’une rencontre (j’en reviens à Olivier Py mais il ne s’agit pas que de cela).
Il s’agit d’un lien aussi incompréhensible soit-il qui peut se créer au delà de notre propre ressort. Il s’agit peut être d’un hasard, des circonstances, d’un rêve éveillé, d’une situation déjà vécue mais qui nous rappellent toujours à l’ordre : quoique l’on fasse il est impossible de mettre des mots sur un sentiment même si l’on cherche la justesse, l’infaillibilité, la franchise et on se perd dans un chemin qui irait vers ou s’en irait de 2046.

Voilà où j’aimerai en venir. A la lumière d’un espace/temps qui s’écoule en découle une source sûre, l’inexplicable, l’insaisissable, l’impalpable, le mystère qui devient l’inextricable. On se souvient tou(te)s de In the mood for love. Le titre est déjà bien évocateur, il faut voir le film avec un regard attentif, sensible, amoureux ou être prêt(e) à recevoir la douceur d’un amour impossible. Car In the mood for love ne cherche pas à rendre les choses simples, loin de là. L’histoire est accessible, j’en conviens. Qui ne pourrait comprendre l’histoire d’un homme et d’une femme qui, au moment de découvrir que leurs conjoints respectifs entretiennent une relation, tentent de comprendre comment cela a bien pu arriver et finissent par s’éprendre l’un et l’autre. Parce que les choses arrivent simplement sans que l’on tente de les provoquer. Donc, l’histoire est belle, trop belle peut être mais chez Wong Kar-Wai, on ne lésine pas sur le sentimentalisme.

Et, c’est après que les choses deviennent intéressantes et se complexifient. Cette relation qui n’a même pas abouti renverse tous les fondements que l’on pourrait se faire des relations. Et la suite, on la connaît peut-être aussi.

2046, on aurait pu croire qu’il ne s’agissait que d’un chiffre mais chez WKW, cela nous aurait étonné quand même.
2046, c’est tout en même temps : un espace et un temps, des souvenirs et des fantasmes, un symbole et son contraire, on y part et on aimerait en sortir. La mouche aime la subtilité qui s’y dégage et la facilité qu’a le réalisateur à en référer à son précédent sans que cela soit de la redite.

On reprend le même personnage et on le décortique pour mieux le comprendre. Dans les relations qu’il entretient avec ses nombreuses concubines, il en revient toujours à sa chère et tendre qu’il a connue pour mieux se rappeler d’un amour profond et inaltérable. On s’emmêle parfois mais on comprend ensuite. Dans sa manière de fonctionner, il voudrait chercher à combler l’imperfection de son histoire avec Su Li Zhen et décide alors de les retraduire sans chercher à les revivre avec d’autres pour ne pas laisser passer sa chance encore une fois. Dans son élégance, il n’y a rien a parfaire. Dans 2046, il y a indubitablement In the mood for love mais c'est juste. Dans son histoire, il y a quelque chose qui nous ressemble tous, l’envie de conserver, voire d’atteindre (comme dans le Secret de Brokeback Mountain) à nouveau une once de ce que l’on avait assimilé au bonheur : un souvenir.

La boucle est peut être un peu vite bouclée.

Commentaires

Nouvelles couleurs... Eh! eh! eh!

C'est cool, je vois que tu n'oublies pas tout... Y'as des trucs qui restent gravés ds ta p'tite tête de mouche... Et pourtant, WKW, tu ne lui as pas parlé au téléphone pendant 45 minutes... Y'a des choses qui marquent plus que d'autres...

Allez, souris! ;)

Ecrit par : Mnémosyne | 13.04.2006

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